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BREAD AND BEER

Bread and beer (Ao bom ou mau comer, três vezes beber)

Du pic-nic entre amis à la fête de village, manger a toujours été un prétexte de rassemblement, un prétexte festif.
On peut imaginer que c’est pour cette même raison que les gens se réuniront cette année à Ponte de Lima : pour voir des jardins, certes, mais surtout «pour manger».

Le festival international de jardins prendrait alors la forme d’un grand évènement culinaire. Et, se baladant au fil des jardins, les visiteurs se gaveraient de mets et de rencontres, participant à l’euphorie générale de la fête du « manger ».

N’en résulterait-il pas une certaine ivresse ? Ivresse des mets, de la boisson, mais surtout de la fête et des gens?

Qui dit prétexte classique et universel, dit ingrédients classiques et universels.
C’est que tout le monde doit pouvoir être de la fête.
Et c’est la raison pour laquelle nous avons choisi nos ingrédients avec soin : du houblon, des céréales… La bière et le pain, tout simplement.

Ce jardin est un jardin de l’ivresse.
De l’état où, l’estomac rassasié et l’esprit ravi, nos sensations sont exaltées et notre cœur balance. Et vient ce moment où l’on est simplement ivre et heureux.

Ce sont ces sentiments que le jardin reproduit: le déséquilibre du pas flottant parmi les blés, les verticales du site qui vacillent avec les houblons, et la vision floutée par le ballottement des épis.
Le filet de chanvre marque un passage instable, mais il offre aussi la possibilité de se reposer dans cette ambiance désaxée.
En somme, ce jardin vous accueille et vous berce.
Ayant satisfait vos besoins primordiaux, vous trouvez refuge parmi cette nature qui vous comprend. C’est elle qui vous a nourrit et vous a inspiré.

Nous cherchons à ce que la vision d’ensemble créée un effet de mirage, la plateforme pourrait s’apparenter à un catamaran échoué dans la végétation.
Et, surgissant au milieu des blés, les houblons inclinés dresseraient comme des mâts qui ne seraient pas sans rappeler le bateau ivre de Rimbaud.



« Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien,
Mais l'amour infini me montera dans l'âme ;
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux- comme avec une femme. »

Arthur Rimbaud, Sensation